Le Bloc québécois augmente la pression pour l'adoption du projet de loi C-216

(Le Quotidien, Le Soleil, La Voix de l'Est, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune)

Le Bloc québécois augmente la pression pour l'adoption du projet de loi C-216
Édition: Le Quotidien
Publié le lundi 1er mars 2021 à 12:53
Auteur: Marie-Ève Martel

Apparaît aussi dans: Le Soleil, La Voix de l'Est, Le Droit, Le Nouvelliste, La Tribune


Mis à mal par trois accords de libre-échange négociés ou renégociés au cours des dernières années, le système de la gestion de l'offre mérite mieux, estime le caucus du Bloc québécois, qui s'est lancé lundi dans une démarche de sensibilisation pour faire adopter le projet de loi C-216 visant à contraindre le ministre des Affaires étrangères et du Commerce international à respecter les parts du marché des producteurs canadiens.

« On est ici pour défendre un système qui a fait ses preuves et qui permet une occupation dynamique du territoire », a déclaré le député Yves Perron, porte-parole en matière d'Agriculture, d'Agroalimentaire et de gestion de l'offre, en ouverture à une conférence de presse regroupant une douzaine de députés de sa formation politique et tout autant de producteurs agricoles québécois.

Le député de Berthier-Maskinongé a rappelé que toutes les fermes canadiennes étaient menacées par l'affaiblissement du système de la gestion de l'offre, un système « qui a fait ses preuves », qui « assure à nos producteurs un niveau de vie décente, de même qu'une production de haute qualité avec un prix relativement stable à nos consommateurs » et qui « ne nécessite aucune subvention ». Le tout, à condition d'arrêter « d'en arracher des morceaux ».

« On ne peut pas traiter l'agriculture comme un marché parmi d'autres. L'agriculture, c'est ce qui remplit nos assiettes et nous réfrigérateurs, trois fois par jour. Au fil du temps, les différents gouvernements qui se sont succédé se sont renvoyé la balle en promettant de ne pas toucher à la gestion de l'offre. Mais on voit bien que ce n'étaient que des paroles en l'air, quand trois accords de libre-échange successifs ont fait en sorte que nos producteurs ne s'en sont pas sortis indemnes », a renchéri son collègue Simon-Pierre Savard-Tremblay, porte-parole bloquiste en matière de Commerce international, faisant référence à l'Accord de partenariat transpacifique, à l'Accord économique et commercial global et à l'Accord Canada-États-Unis-Mexique.

Selon lui, la somme des « petites brèches » créées par les négociations de ces accords a fini par creuser un « cratère » dans les affaires des producteurs canadiens.

Éviter les brèches plutôt que les compenser

Des brèches qui, plutôt que d'être compensées monétairement, devraient tout simplement être évitées, soutiennent les deux députés, qui bénéficient de l'appui de producteurs agricoles affectés par la mesure.

« L'agriculture ne devrait jamais faire l'objet de traités, estime Sébastien Robert, un producteur laitier de Mont Saint-Grégoire. On ne comprend pas que les gouvernements précédents aient créent des brèches dans un système qui marche bien depuis 50 ans. Et moi, je ne veux pas dépendre des contribuables canadiens pour vivre, je veux simplement qu'on me paie le juste prix pour produire. »

« Depuis trente ans, on n'arrête pas de manger la laine sur le dos des producteurs, comme on dit, a poursuivi le producteur de volaille biologique, Jean-Pierre Clavet. J'aimerais ça que ça cesse. Ça n'a pas de bon sens d'avoir toujours à se défendre comme ça pour gagner notre vie. »

Tournée provinciale

MM. Perron et Savard-Tremblay entreprennent dès cette semaine une tournée à travers les différentes régions du Québec afin de mobiliser producteurs agricoles et citoyens à l'importance de protéger le système de gestion de l'offre. Les députés inviteront la population à signifier à leur député leur appui au projet de loi C-216, déposé en novembre dernier par leur confrère Louis Plamondon, et qu'ils espèrent voir adopté lors de sa deuxième lecture, d'ici quelques semaines.

Concrètement, ce projet de loi vise à éviter que d'éventuels accords commerciaux ne viennent affaiblir une fois de plus le système de la gestion de l'offre en épinglant celui-ci dans les priorités légales du ministre des Affaires étrangères et du Commerce international en lui interdisant d'entériner une entente de libre-échange qui aurait pour effet de moduler les contingents tarifaires (tarifs douaniers) des produits laitiers, de la volaille ou des oeufs en défaveur des producteurs canadiens.

Comme il s'agit d'un projet de loi privé, chaque député est libre de voter en son âme et conscience. « Les députés ne seront pas obligés de s'en tenir à une ligne de parti, rappelle M. Perron. Il importe de rappeler aux parlementaires que la loi pourra être améliorée en comité d'étude, mais pour ce faire, elle doit être adoptée. »

La démarche, qui se veut non partisane, souligne M. Savard-Tremblay, vise aussi à sensibiliser leurs collègues des autres partis. Actuellement, seul le caucus du Nouveau parti démocratique a fait savoir qu'il comptait appuyer le projet de loi. « On n'a pas eu de réponse de la part du Parti libéral du Canada et il semble difficile d'obtenir l'appui des Conservateurs, indique M. Perron. On doit leur rappeler que c'est un projet de loi dont notre milieu a besoin. »

« Chaque brèche dans la gestion de l'offre nous insécurise, affirme François Cournoyer, un producteur laitier de Saint-Victoire-de-Sorel. Ce n'est pas attrayant pour la relève d'aller dans un système qui sert comme monnaie d'échange avec d'autres secteurs de l'économie. Le projet de loi C-216 nous permet d'être plus enthousiastes pour l'avenir. »